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Un nouvel âge de ténèbres

James Bridle

Éditions Allia / 2022

Un nouvel âge de ténèbres
La technologie et la fin du futur
James Bridle
Paris, éditions Allia, 2022 (New Dark Age, Verso, Londres, 2018 - trad. B.Saltel)

James Bridle, artiste et écrivain, publie en anglais Ways of Being et en français Un nouvel âge de ténèbres en référence à H.P. Lovecraft (L’appel de Cthulhu, 1926) : « Un jour viendra où la synthèse de ces connaissances nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. »

Bridle propose une histoire de l’automatisation et de la connaissance computationnelle, depuis la découverte de l’Amérique jusqu’aux microprocesseurs qui raconte comment le pouvoir se concentre dans de moins en moins de mains et la compréhension dans de moins en moins de têtes.

Découpé en thèmes (computation, climat, calcul, compléxité, cognition, complicité, conspiration, simultanéité, nuage), Bridle fait autant appel à la pop culture qu’à la philosophie de Morton (dont on parlera le mois prochain) pour traiter de la pensée computationnelle et de l’illusion qui la sous-tend.
« Tous les processus stables, nous les prévoirons. Tous les processus instables, nous les contrôlerons. » V.K.Zworykin, chercheur en météorologie en 1945.
Il faut insister sur le fait que le numérique a toujours une Histoire même si on prétend le contraire.
Le monde est remplacé par des modèles. Ce qui est possible devient ce qui est calculable. Or plus nous nous entêtons à calculer le monde, plus ils nous apparaît complexe au-delà du concevable (effet Richardson). Il produit ses propres absurdités comme la mort par selfie ou celle par GPS pour un suivi irréfléchi d’instructions données par un assistant de navigation GPS (Global Positioning System). Le complot en est une autre expression. « La conspiration est la cartographie cognitive du pauvre de l’ère postmoderne. C’est la figure dégradée de la logique totale du capital tardif », une tentative désespérée de représenter, comprendre et contrôler le système.
Le calcul informatisé est un piratage cognitif qui décharge dans la machine notre processus décisionnel et notre responsabilité.
Il suffit de ‘sen remettre à la vérité émergente du calcul. C’est un sophisme qui repose sur la croyance réductionniste qui pense comprendre et contrôler sur la base d’une analyse d’éléments séparés du tout.
Résultat, tout est éclairé mais on ne voit rien.
Le recours à la logique computationnelle de la surveillance pour obtenir une vérité sur le monde nous place dans une position précaire. La connaissance ne peut produire sa vérité qu’à partir des données dont elle dispose. Donc toute connaissance est réduite au calcul. Cette logique nie notre capacité à penser en l’absence de certitude. Pour agir, il faut des preuves (a posteriori) quand il faudrait agir dans le présent.
Un des meilleurs livres sur le sujet numérique depuis L’âge du capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff en 2020.

http://jamesbridle.com/

Éditions Allia

Trajectoires intensives. Penser les circonstances du réel avec Étienne Souriau

Un essai de Noélie Plé

Éditions de l’Université de Bruxelles / 2021

« Comment cultiver de nouvelles formes d’attention aux événements pour parvenir à prendre la mesure de cet entremêlement existentiel liant ensemble l’actuel, le virtuel et le possible ? »
Cette étude de Noélie Plé se propose d’en penser l’instauration à travers l’œuvre du philosophe Etienne Souriau (1892-1979).

Sans traiter de la création dans le domaine des arts numériques et des interactions qu’elle génère, en particulier avec les sciences, Noélie Plé à partir de son étude de Souriau, permet de constituer un fondement philosophique à une pensée transversale du travail, à une méthode de la rencontre et de la mise en œuvre d’un processus d’expérimentation.
Autant de façons de concevoir et faire aujourd’hui qui sont complexes à porter et à défendre alors qu’à la lecture de Trajectoires intensives, nous sommes frappés d’évidence.
Dès le titre et face à la rigidité de la norme, on peut penser le réel non univoque de multiples manières.
En cela, la table des matières est nous éclaire : pulsation / rencontrer / se laisser affecter / façonner / intensité / ouverture / se laisser guider / œuvre à faire / brèche / vibration / expérience…

(citations agencées et commentaires personnels)

… dans la pluralité de laquelle se distingue la myriade de possibilités existentielles. Souriau ouvre une voie en direction du réel et des présences en intensité qui le composent. Tout l’enjeu est de parvenir à se glisser dans l’interstice ouvert.

Comprenons (maintenant) que l’identité n’est pas quelque chose de fixe. Il y a un monde agencé en fonction de toute une série d’existences hétérogènes, ouvrant à leur tour sur de nouvelles trajectoires. L’absence d’homogénéité nous demande de rester aux aguets et attentifs face à l’histoire singulière que raconte un moment donné.

Nommer le monde, nommer chaque chose, la définir ou en définir un usage constitue usuellement le lien opéré par la faculté de penser, qui produit en forces contraires un dedans et un dehors.
« L’histoire de la pensée est un mélange tragique d’ouvertures vibrantes et de fermetures mortelles » écrit Alfred North Whitehead (1861-1947).
Cette partialité du régime de vérité limite et entrave tous les changements de direction, qui empêche les nouvelles fabulations, qui nous fait possiblement manquer les occasions de voir autrement que l’on aurait rencontrées en dehors du cadre.

Pour autant, Noélie Plé ne dit pas de contester une vérité scientifique (la science n’est pas une opinion) mais de s’ouvrir à des vérités sensibles, au fugace, à l’intangible, à l’évanescent, à l’art par le faire, par l’expérimentation qui est toujours une « prise de risque… en cela, dit Souriau, la démarche expérimentale est le pivot qui joint esthétique et philosophie de l’instauration dans un même souci ontologique réclamant l’action, fût-elle dramatique. »

Noélie Plé, à partir de sa lecture d’Henry James, Virginia Woolf et Nathalie Sarraute, écrit que l’œuvre ne pose pas qu’une existence, elle amène avec elle tout un monde et toute une manière de faire monde. Nous avons besoin d’apprendre à écouter ce qui nous échappe, et cela, pour qu’une plus grande multitude de fréquences existentielles puisse être dévoilée par les instaurations effectivement réalisées. Donner de la force aux intermondes ouvre un chemin en direction d’une pluralité existentielle qui ni ne s’oublie ni ne s’ignore.

« Ce qui marque ici l’éveil de la raison, c’est de poser le problème, non de lui donner telle solution. »
Pensée vivante et perfection formelle (E.Souriau, Hachette,1925)

*Noélie Plé était invitée au festival ]interstice[ 2022 avec Alexis Choplain à l’Espace Projet de l’Artothèque de Caen. Il seront résidents d’Archipel à l’invitation d’Oblique/s en 2022/2023.
Noélie Plé est doctorat en philosophie à l’université libre de Bruxelles et à l’université Toulouse Jean-Jaurès.

Éditions de l’Université de Bruxelles

The Great Off-Shore

RYBN

Sous-titré « art-argent-souveraineté-gouvernance-colonialisme », ce livre est issu d’une exposition qui s’est tenue du 18 Novembre 2017 au 27 janvier 2018 à Bourogne à l’Espace Multimédia Gantner dirigé par Valérie Perrin.
The Great Off-Shore est une enquête artistique dans les arcanes de la finance off-shore.
Comment repérer ce qui se veut « liquide », invisible, opaque, secret ? Comment détourner un système occulte ? Comment figurer une politique structurelle qui concerne directement l’art comme objet d’optimisation et/ou de spéculation ?
Sauf exceptions (The Big Short, Margin Call, The Laundromat), le sujet est difficilement tangible alors qu’il est bien concret mais par nature discret que l’on soit à Malte, Amsterdam, Jersey, aux Caïmans ou aux Bermudes… De grands discours sur la fin de l’optimisation et de l’évasion fiscale (entre 60 et 80 milliards par an en France) servent de paravent à un faux-semblant, tout le monde participant de ce système. Et le plus gros musée du monde est en réalité caché des regards quelque part à Singapour ou au Luxembourg dans des zones de fret. Entre tour operator et mise à jour d’algorithmes, les artistes invité.e.s démontent le système.

« Les documents sont agencés sous la forme d’une encyclopédie, cherchant à indexer les formes les plus singulières qui caractérisent l’industrie de l’évasion fiscale, et à mettre en évidence le caractère infrastructurel de cette industrie, au cœur du dispositif économique néolibéral. »
avec Wilfried Bartoli | James Bridle | Ewen Chardronnet & Bureau d’études | Paolo Cirio | Alain Denault | John Doe | Rachel O’Dwyer | Phineas Fisher – Max Haiven – Reijer Hendriske & Rodrigo Fernandez | Femke Herrgraven | Brian Holmes | Aude Launay | Marie Lechner | Frédéric Neyrat | Brett Scott | Hito Steyerl | Sarah Taurinya | Vera Tollmann & Boaz Levin

Vidéo de Nathaniel Colas, espace multimédia Gantner :

On trouve de multiples ressources sur le site dédié :
http://rybn.org/thegreatoffshore/

Archives de l’exposition :
http://www.espacemultimediagantner.cg90.net/exposition/the-great-offshore/

Photos de l’exposition :

The Great Offshore

Podcast de l’Exposition :

UV éditions 2021

A Scanner Darkly

Philip K.Dick (1977) | Richard Linklater (2006)

Folio SF

A Scanner Darkly
Un roman de 1977 de Philip K. Dick (Substance Mort en français)
Un film animé en rotoscopie* réalisé par Richard Linklater* en 2006 avec K.Reeves, W.Harrelson, R.Downey Jr et W.Ryder.

En Californie, Fred en colocation avec deux barjots et amoureux de Donna une dealeuse, est un agent des stups infiltrés pour lutter contre le trafic de la Substance M, un drogue qui rend schizo et vous transforme en légume pour l’éternité. Par sécurité, personne ne sait qui est qui dans les services anti-drogues. Fred, alias Bob Arctor, devenu accro, a pour mission d’enquêter sur lui-même. Au fil de l’enquête, il va perdre le sens des réalités et son identité. Qui est Fred ? Qui est Bob ? Qu’est-ce qui est réel ?

“A Scanner Darkly” est le titre choisi pour les rencontres Ambivalences le 4 mai après-midi (voir festival-interstice.net). Référence au Nouveau testament*, le miroir obscur renvoie une image inversée à l’infini. « C’est toi, c’est ton visage, et pourtant ça ne l’est pas. En un sens, c’est l’univers entier que j’ai commencé d’apercevoir de cette manière. (…) Aussi ne sait-il pas qu’il s’agit du même individu. »

Un scanner 3D permet d’enregistrer et reproduire en volume point par point toute forme (topologie). Le cerveau de Fred/Bob Arctor s’y perd. Le choix de la rotoscopie renforce cette confusion et traduit la paranoïa qui s’installe dans le roman de K. Dick, évidemment bien plus précis et profond. La trajectoire inéluctable de Fred/Bob Arctor n’est pas sans rappeler le film Shock Corridor de Samuel Fuller dans lequel un journaliste se fait passer pour malade pour enquêter dans un hôpital psychiatrique dont il ne sortira jamais.

Si K. Dick rend hommage à ses ami.e.s perdu.e.s, ce n’est pas non plus sans critique envers un système en « boucle » qui trame tout le récit aussi étrange que réaliste, et dont la liberté n’est qu’une illusion.

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Rotoscopie
voir aussi Apollo 101/2 sur Netflix
Épître aux Corinthiens, XIII, 12 : « Maintenant nous voyons en un miroir obscurément ; mais alors nous verrons face à face. Maintenant je connais partiellement ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. »

Ambivalences

Le Rêve des machines

Gunther Anders

« En 1960, Francis Gary Powers, pilote américain, est arrêté en mission en URSS en pleine Guerre froide. Günther Anders, inquiet des conséquences de cette arrestation et du risque de guerre nucléaire, écrit au pilote incarcéré. Sa Lettre sur l’ignorance reste sans réponse. Il en écrit alors une seconde : Le Rêve des machines, inédite en français comme en allemand. Le Rêve des machines rassemble ces deux lettres qui éclairent l’évolution de la pensée d’Anders et ses thèmes de prédilection : risque nucléaire, machinisation du monde, suprématie de la consommation… En exposant à Powers comment celui-ci est devenu le rouage d’un système inhumain, il dénonce la toute-puissance de la technique et le monde des machines, produit d’un capitalisme qui annihile notre humanité. Anders développe ainsi une réflexion habitée par un souffle qui, à défaut d’être atomique, reste d’une puissance philosophique sans équivalent. »
Les deux lettres d’Anders, dévoilées ici, sont évidemment à mettre en perspective avec le contexte géopolitique de l’époque, soit 1960 et la Guerre froide, en pleine paranoïa et climat d’apocalypse. Si 60 ans plus tard, celui-ci s’est considérablement refroidi et si l’escalade militaire Est-Ouest est dramatique, le propos d’Anders trouve ses limites dans sa seconde lettre sur la consommation, parce que depuis le sujet a été bien exploré et déconstruit. Ce qui ne signifie pas qu’il se trompe, au contraire. La première lettre sur « l’appareil » a une portée encore prédictive alors que le rapport à la machine n’est pensé qu’à travers la science-fiction dans notre quotidien. L’usage que l’on fait du smartphone vient cocher toutes les cases proposées par Anders, la principale étant celle d’une non-pensée, d’une « bonne conscience de l’absence de conscience. » La machine est un système et en tant que tel, il est autonome, en expansion et intégrationniste. C’est inhérent à la technique. Penser isolément la technique, c’est se tromper dans l’analyse. Nous sommes une partie de la machine. Par ailleurs, il insiste sur ce potentiel totalitaire qui ne se réduit pas à une analyse politique. De cette même période a surgi la cybernétique (relation homme-machine) comme outil de symbiose entre l’organique et l’artificiel qu’analysera Donatien Aubert le 3 mai à l’ésam Caen/Cherbourg. À l’instar de Simondon, Baudrillard ou Virilio, Anders impressionne par son acuité et sa vision acérée du futur.

Éditions Allia

Ada ou la beauté des nombres

Catherine Dufour

Éditions Fayard / 2019

C’est peu de dire que ce livre bref est réjouissant. Unique travail dédié en français à Ada Lovelace, fille du débauché Lord Byron, celle qui est considéré comme la pionnière - du XIXe siècle - de l’informatique (toutes catégories confondues), le texte biographique de Catherine Dufour (informaticienne, autrice de SF mais pas que) est plein d’humour, de dérision et d’énergie.
Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l’espace.

Et à écouter Catherine Dufour avec Etienne Klein dans La Méthode scientifique le 22/08/2021 : https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/prenom-de-code-ada-0

Éditions Fayard

Dans les imaginaires du futur

Ariel Kyrou

Éditions Actusf / 2021

Volte-facé par Alain Damasio, ce livre très riche en références ne s’adresse pas qu’à des férus de science-fiction, bien au contraire. Accessible dans son style, il constitue une entrée parfaite pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus et surtout par où commencer.

"Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la SF hexagonale" écrit Damasio.

Ariel Kyrou, est un journaliste, écrivain et essayiste. Il utilise la science-fiction, la contre-culture et les arts contemporains autant que la philosophie pour penser et panser le monde d’aujourd’hui. Il est directeur éditorial du Laboratoire des solidarités de la Fondation Cognacq-Jay et membre du collectif de rédaction de la revue Multitudes. Il est le co-scénariste du documentaire Les Mondes de Philip K. Dick.

Éditions Actusf

Cyberpunk’s Not Dead

Yannick Rumpala

Le Bélial' / 2021

Cyberpunk’s Not Dead
Laboratoire d’un futur entre technocapitalisme et mosthumanité

Les résistances ne semblent avoir de place que dans les interstices

Pour celles et ceux non familiers du genre littéraire science-fiction et plus particulièrement du « bref » mouvement cyberpunk dont la référence est Neuromancien de William Gibson (1984), l’essai va sembler abscond. C’est en partie inévitable si l’ensemble repose sur des livres qu’on a pas lu ou des films que l’on a pas vu (Blade Runner, Matrix !!!???)

Mais l’intérêt sur le fond est la mise en relation entre l’imaginaire des années 80 et 90 et le monde d’aujourd’hui, médiatisé et modélisé par les réseaux. Si cet imaginaire semble parfois ridicule dans son traitement esthétique (surtout cinématographique : Johnny Mnemonic réalisé par le peintre Robert Longo, Le Cobaye ou le prodigieux Programmer pour tuer aka Virtuosity avec Russell Crowe et Denzel Washington - faut le voir pour le croire, ces deux derniers étant réalisés par Brett Leonard qui semble avoir fini sa carrière avec Highlander 5, si si)…, il s’agit écrit Rumpala d’une passerelle entre les époques.

Le genre cyberpunk repose sur la relation entre société capitaliste et corporatisme (« néoféodalisme économique »), chaos social, ruine écologique, corps, technologies invasives et surveillance globale. Neuromancien « envisage une transformation de l’information d’une marchandise passive en une force active, d’un contenu qui est échangé en un support substantiel à travers lequel on se déplace. »

C’est-à-dire ni plus ni moins que le monde dans lequel nous vivons, dans une phase sanitaire qui a vu les codes culturels de l’époque muter à grande vitesse via de nouveaux dispositifs technologiques, tout cela dans un relativisme effrayant puisque toute innovation serait en elle-même prodigieuse, c’est-à-dire une source maximale de profits vertigineux.*

« Au-delà des existences individuelles et des interactions sociales, c’est au surplus une certaine forme d’abstraction et de déterritorialisation du capitalisme qui paraît anticipé ».
La science-fiction est moins une prospective auto-réalisatrice que la description d’un présent en roue libre, sans pilote à bord.

La conclusion revient à Yannick Rumpala :
« Le cyberpunk donne un cadre d’appréhension de trajectoires potentielles. »

Luc Brou

* je ne peux m’empêcher de vous joindre Bitcoin, JPEG et blockchain, Thomas VDB se penche sur les concepts flous, une chronique radiophonique aussi courte que drôle

Le Bélial’ éditions

Helgoland de Carlo Rovelli

Le sens de la mécanique quantique

Flammarion, Paris (traduction Sophie Lem) / 2021

La mécanique quantique va éclore avec Heisenberg, Jordan, Dirac et Pauli, tous dans la vingtaine. Leur physique est appelée « Knabenphysik », la physique des gamins.
L’essai de Rovelli débute par de l’histoire des sciences, dans l’entre-deux guerres, au cœur de la pensée artistique et philosophique européenne avant qu’elle ne replonge dans le chaos. Carlo Rovelli se lance dans un exercice de pédagogie complexe pour nous expliquer en mots la mécanique quantique. C’est vertigineux, très simple et très compliqué, totalement contre-intuitif.
Oublions ce que nous croyons savoir. Nous ne savons rien. Notre vision est macroscopique donc approximative.
L’analyse repose sur une « interprétation relationnelle qui consiste à dire que (…) les propriétés des objets n’existent qu’au moment des interactions et peuvent être réelles par rapport à un objet, mais pas par rapport à un autre. »
« À petite échelle, il n’y a pas de continuité ou de fixité dans le monde réel », il n’y a que des événements et des interactions. « Les certitudes de la physique classique ne sont que des probabilités. L’image nette et solide du monde de l’ancienne physique est une illusion. »
Le monde perçu n’est pas séparé entre monde physique et monde mental, entre corps et esprit. Rovelli cite Bertrand Russell : « le matériau brut dont est fait le monde n’est pas de deux sortes, la matière et l’esprit ; il est simplement arrangé en différentes structures par ses interrelations. »
Rovelli s’intéresse autant à la philosophie qu’aux arts, pour lui, il est inconcevable de pouvoir penser en « silo », et il cite de nombreuses contributions comme il en critique d’autres, sans fondement ou reposant sur un Deus Ex Machina, bien pratique quand l’ignorance nous cerne. La physique devient poésie et philosophie.
« La vision classique du monde est une hallucination qui n’est plus confirmée. Le monde fragmenté et insubstantiel de la théorie des quanta est, pour l’instant, l’hallucination la plus en harmonie avec le monde…
Après L’ordre du temps et Écrits vagabonds, Carlo Rovelli marque une nouvelle fois les esprits de son empreinte érudite et modeste. C’est génial et inspirant.

Luc Brou

L’ordre du temps

Carlo Rovelli

Champs sciences, Paris (L’ordine del tempo, Adelphi Edizioni S.P.A. Milano, 2017) traduction Sophie Lem / 2019

La poésie est peut-être l’une des racines profondes de la science : savoir voir au-delà du visible.

« La poésie et la science sont toutes les deux des créations de l’esprit qui forgent de nouvelles façons de penser le monde, afin de nous permettre de mieux le comprendre. La grande science et la grande poésie sont visionnaires, et peuvent parfois arriver aux mêmes intuitions. La culture actuelle qui tient la science et la poésie tellement éloignées l’une de l’autre est absurde » selon Carlo Rovelli dans Écrits vagabonds, « car elle nous rend myopes à la complexité et à la beauté du monde, que toutes deux révèlent. »

Qu’est-ce que le temps ? pose Carlo Rovelli.

Toute l’évolution de la science indique que la meilleure grammaire pour penser le monde est celle du changement, et non celle de la permanence. Du devenir, et non de l’être. (…) Penser le monde comme un ensemble d’événements, de processus, est le mode qui nous permet de mieux le saisir, le comprendre, le décrire. C’est l’unique mode compatible avec la relativité. Le monde n’est pas un ensemble de choses, c’est un ensemble d’événements. (…) À tout bien considérer, même les « choses » qui nous semblent les plus « choses » ne sont en fait que de longs événements.

Le monde est un réseau d’événements.

MINDFUCK

Christopher Wylie

Grasset / 2020

MINDFUCK de Christopher Wylie

Tout d’abord un paradoxe dont on peine à se départir pour espérer porter une voix, celui d’utiliser comme vecteur de communication l’objet du délit*.
MINDFUCK.
Oubliez le roman de SF, thriller ou d’espionnage que vous tenez entre vos mains.
MINDFUCK.
Un essai-récit-témoignage au-delà du réel et bien tangible sur non pas un complot (baseline abusive de l’éditeur) mais une « machinerie » (machination + ingénierie) financière et politique d’une ampleur jamais atteinte et dans un contexte géo-politique international inédit.

« Le lanceur d’alerte Christopher Wylie nous raconte comment l’utilisation des données personnelles de dizaines de millions de personnes et des opérations de manipulations mentales menées à grande échelle ont permis à Donald Trump d’accéder au pouvoir, et au Brexit de l’emporter lors du référendum britannique. Wylie a été le premier à dénoncer les pratiques de la société pour laquelle il travaillait, Cambridge Analytica, et à pointer du doigt Facebook, WikiLeaks, les services de renseignement russes et des hackers du monde entier qui ont participé, plus ou moins activement, à ces opérations dont les conséquences politiques et géopolitiques nous concernent tous. »

Wylie, jeune homme brillant, va être l’artisan d’une autre façon de faire une campagne politique basée sur l’exploitation de données, utilisées pour des opérations psychologiques à grande échelle, le tout issu de la recherche comportementale. Quand des pays entiers (notamment en Afrique ou aux Caraïbes) deviennent des laboratoires in vivo dont l’objet est la construction de modèles sociaux-politiques prédictifs. Au milieu de ce chaos, on croise un aéropage de gens fous et/ou dangereux et/ou très riches et une société, Cambridge Analytica (appartenant à SCL, compagnie privée spécialiste en coups tordus). On dirait Spectre mais ça donne le Brexit et l’élection de Trump par exemple. Mais Wylie va se réveiller et s’engager dans une voie pénible sans retour dont au final, il ne sortira rien pour le Brexit puisque les concernés ont les clés de la maison. Quant à Trump, il reviendra par la fenêtre et il faudra observer avec attention les élections locales puis mid-term aux USA et en pas oublier que nous ne sommes pas épargnés avec Zemmour, puisque c’est la même logique qui préside à son action.
Au cœur du récit, on retrouve les mensonges, pressions et manipulations de Facebook, qui a construit son modèle économique sur la division sociale (bulles de confirmation + rétroaction = division) et l’irresponsabilité politique avec un cynisme absolu. Facebook est l’arme favorite des autocraties et politiquement, tout le monde est endormi au volant.

Luc Brou

MINDFUCK de Christopher Wylie (Random House 2019 ; Grasset 2020, traduction Aurélien Blanchard).

*S’il l’on considère le pouvoir de Facebook (Instagram et WhatsApp), alors on peut considérer qu’il agit comme un service d’intérêt public auquel cas il faut le réguler pour en limiter la nuisance.

Grasset

Le Système Amazon

une histoire de notre futur

Alec MacGillis

Seuil-Éditions du sous-sol, Paris, 2021 (Fulfillment, Farrar, Strauss and Giroux, New York 2021) / 2021

François-Xavier Delarue

En documentation, un montage d’extraits de ce livre passionnant et effrayant présenté ici par sa maison d’édition :

On peut dire que le grand gagnant de la crise du coronavirus est Amazon.
Tandis qu’à la mi-avril 2020, la pandémie approchait de son moment le plus critique, la valeur des actions de la firme augmentait de 30 % par rapport à l’année précédente ; et en l’espace de seulement deux mois, la fortune nette du PDG Jeff Bezos augmentait de 24 milliards de dollars.
Comme le résume un analyste de l’industrie numérique : “Le Covid-19 a été comme une injection d’hormones de croissance pour Amazon.”

L’enquête d’Alec MacGillis débute bien avant la crise sanitaire actuelle.
Sa méthode est simple et efficace : c’est par une mosaïque d’approches et de vies que l’on comprend le mieux un système, comment ce dernier affecte ceux qui entrent en contact avec sa trajectoire. À la manière des grands reportages littéraires, Le Système Amazon décortique l’implacable machine et ses rouages à travers une impressionnante série de portraits et de tableaux.
À Seattle, ce sont les cadres bien rémunérés de la firme qui accélèrent la gentrification d’un quartier populaire historique ; dans une banlieue de Virginie, ce sont des propriétaires qui tentent de protéger leur quartier de l’impact environnemental d’un nouveau data center Amazon ; à El Paso, ce sont des petites entreprises de fournitures de bureau qui tentent de résister à la prise de contrôle par Amazon de l’ensemble des marchés publics ; à Baltimore, c’est un entrepôt qui remplace une usine sidérurgique légendaire, etc. Il montre également comment la firme est devenue un lobby à part entière à Washington, l’auteur poussant les portes du gigantesque manoir de Jeff Bezos, dans le quartier de Kalorama, où l’on croise lobbyistes, députés, sénateurs et membres du gouvernement.

Plus qu’un énième pamphlet sur l’impact destructeur du géant jaune au large sourire, ce livre, fruit d’années d’enquête, offre à lire le récit édifiant d’une société sous emprise.

De centres de livraison en data centers, de campus d’entreprises en entrepôts du mastodonte, visitez un autre monde, en proie à son Amazonisation, qui se divise entre gagnants et perdants, entre vies déconnectées et vies broyées par ce système.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana et Guillaume Contré.

Luc Brou

Seuil-Éditions du sous-sol

À télécharger:
le_systeme_amazon-2.pdf (76.1 ko)

L’Observatoire

Revue des politiques culturelles n° 57 hiver 2021

À la fois bâtisseurs d’utopies, éclaireurs, perturbateurs, activistes... les artistes nous rendent sensibles aux signaux faibles de notre époque. Ils nous offrent les fictions nécessaires pour penser l’avenir et inventent des formes critiques pour outiller notre réflexion sur le présent. Dans ce monde en profond bouleversement (technique, politique, écologique et culturel), que nous disent les artistes ? Par les imaginaires qu’ils font naître, comment nous alertent-ils et nous éclairent-ils sur le monde qui vient ? Quelles voies ouvrent-ils pour le penser autrement ? Et de quelles façons agissent-ils sur le réel ?

Ce que les arts nous disent de la transformation du monde

L’Usage de l’art

De Burning Man à Facebook : art, technologie et management dans la Silicon Valley

Fred Turner

C&F éditions / 2020

Dans L’Usage de l’art (de Burning Man à Facebook : art, technologie et management dans la Silicon Valley), Fred Turner propose une analyse passionnante du festival mythique de Burning Man, et des fresques couvrant les murs des locaux de facebook. Il décrit ce nouvel usage de l’art comme outil de management et de création d’une culture d’entreprise par les entreprises de la Silicon Valley. C’est intelligent, fin, plaisant, stimulant… Les photos de Scott London sont impressionnantes…

C&F éditions

De l’autre côté de la machine

Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes

Aurélie Jean

Éditions de l'Observatoire | collection De Facto / 2019

"Le futur s’inscrit dans l’interdisciplinarité, cette capacité à translater ses compétences d’une discipline à l’autre et à travailler avec des gens profondément différents de vous-même."

De manière claire, ludique et pédagogique, Aurélie Jean explique à travers son parcours scientifique et entrepreneurial en France et aux États-Unis (Les Mines, le MIT, Penn State, Bloomberg…) ce que sont et ce que recouvrent les algorithmes, en défaisant fantasmes et idées préconçues et en défendant une nécessaire ouverture tant du côté des sciences du numérique que du côté des sciences humaines.

Une excellente entrée en matière pour qui souhaite comprendre les algorithmes qui ont fait irruption dans les médias et trier le bon grain de l’ivraie.

Éditions de l’Observatoire

Contre l’alternumérisme

Julia Laïnae et Nicolas Alep

La Lenteur / 2020

"…ce n’est pas la technique qui nous asservit, mais le sacré transféré à la technique."
Jacques Ellul, Les Nouveaux Possédés (1973) cité page 119.

Dans ce petit ouvrage (128 pages, 10 €), les auteurs dressent un réquisitoire contre le numérique et son ambivalence, très inspirés par Ellul, Castoriadis ou Illich.
Et ils disent ce qu’on peut désespérer d’entendre : "La Technique n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre, mais ambivalente".
Si on prétend le contraire, sachez que c’est un mensonge.

Une lecture dérangeante (chacun pourra prendre la critique pour soi, être d’accord et pas pas savoir quoi faire ni quoi répondre) donc salutaire.

Pour un commentaire complet, l’excellent article de Hubert Guillaud :
http://www.internetactu.net/2020/02/13/de-lalternumerisme-dautres-numeriques-sont-ils-possibles/

L’EMPREINTE DIRECTE DU VECU SUR LE TEMPS

Éditions Galerie Duchamp

Édition Galerie Duchamp / 2020

Fleur Helluin

Pour sa première participation au Festival Normandie Impressionniste, la Galerie Duchamp a proposé une exposition pluridisciplinaire centrée sur la représentation de la figure à l’heure de ce qu’on peut appeler la révolution numérique. Il y a trente ans, Bill Viola interrogeait déjà la présence de l’écran dans notre vie et la présence de notre image à l’écran. La réflexion se poursuivit avec les œuvres de Fleur Helluin, Sébastien Hildebrand et Rapport 1984. Autour de ces thématiques, des théoriciens et philosophes contemporains ont été invités à participer au dialogue lors d’une journée de rencontres et de conférences (…)
Fleur Helluin

L’exposition a eu lieu du 2 mai au 30 juin 2016 et fait l’objet d’une édition.
Pour plus d’informations, se référer au document joint.

Éditions Galerie Duchamp

Les nouveaux travailleurs des applis

Sarah Abdelnour et Dominique Méda

PUF / 2019

En conclusion de cet ouvrage qui traite des impacts qu’ont sur le travail les plateformes et applications numériques, la sociologue Dominique Méda écrit :
« L’ensemble des enquêtes ici présentées dessine pourtant une autre voie : rompre avec l’illusion romantique et trompeuse d’une autonomie qui ne serait possible qu’en dehors du salariat ; reconnaître l’intérêt d’un travail vraiment indépendant et non sa pâle copie ; renforcer l’attractivité du salariat non seulement en amléiorant les conditions de travail mais aussi l’autonomie dont disposent les salariés. »

Introduction par Sarah Abdelnour
Capitalisme de plateforme, économie collaborative, économie solidaire : quel(s) rapport(s) ? par Diane Rodet
Les plateformes de micro travail : le tâcheronnat à l’ère numérique ? par Pauline Barraud de Lagerie et Luc Sigalo Santos
Marchandiser ses loisirs sur internet : une extension du domaine du travail ? par Anne Jourdain et Sidonie Naulin
Quelles résistances collectives face au capitalisme de plateforme ? par Sarah Abdelnour et Sophie Bernard
Les plateformes numériques de transport face au contentieux par Hélène Nasom-Tissandier et Morgan Sweeney
Postface. Le nouveau monde enchanté des plateformes : du mythe à la désillusion par Dominique Méda

Presse Universitaire de France

Ce qui est sans être tout à fait. Essai sur le vide.

Etienne Klein

Actes Sud / 2019

Étienne Klein, scientifique radiophonique (La conversation scientifique, France Culture), érudit et alpiniste, est un cas de médiation réussie où comment vous faire croire que vous êtes intelligent parce que vous pensez avoir compris la physique quantique, quand, bien sûr, il n’en est rien.
Il sait manier les mots et regarder au-delà de ses disciplines (physique et philosophie) vers le sport ou l’art…

« On ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni la science sans le langage, et quelque certains que fussent les faits, quelques justes que fussent les idées qu’ils auraient fait naître, ils ne transmettraient encore que des impressions fausses, si nous n’avions pas des expressions exactes pour les rendre. »
Antoine Laurent de Lavoisier
Traité élémentaire de chimie. Discours préliminaire (1789)

À travers une approche historique, il s’attaque au « vide » (qui n’est ni le rien ni le néant) dont il rend l’idée même vertigineuse et belle.

« Tout est superflu, le vide aurait suffi » Emil Cioran
L’Élan vers le pire, 1988

Luc Brou

Actes Sud

La tyrannie des algorithmes

Miguel Benasayag

Textuel / 2019

Entretien en trois parties de Régis Meyran avec Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste
https://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Benasayag

L’échec de la rationalité occidentale
La post-démocratie
Théorie de l’agir

« La violence de la digitalisation ne réside donc pas dans un quelconque projet de domination, mais plutôt dans la négation de toutes formes d’altérités et d’identités singulières qui laissent la place à une dimension de la pure abstraction. (…) Le corps est toujours présent, mais il est soumis à un régime immatériel. »

Miguel Benasayag travaille plus la question de la complexité que celle de la technique en tant que telle. Néanmoins, cet entretien est éclairant et ne peut que donner envie d’en savoir plus.

Éditions Textuel

Alexandria

Quentin Jardon

Quentin Jardon

Gallimard / 2019

À découvrir Alexandria le livre formidable de Quentin Jardon (Gallimard).
À la façon de Gay Talese en 1966 dans Esquire qui écrit un article légendaire Frank Sinatra Has a Cold - Sinatra étant malade ou le prétextant, le journaliste transforme ce qui devait être une interview en récit à la première personne (la même année que la sortie de De sang froid de Truman Capote) - ou du récit de Citizen Kane, Quentin Jardon se met en tête et en quête de Robert Cailliau, celui qu’il présente comme le co-fondateur du web avec Tim Berners-Lee. Quasi-ignoré d’une histoire qui ne cesse de se réécrire (voir l’expo Computer Grrrls La Gaîté Lyrique), celui-ci refuse désormais de répondre à toute sollicitation.
À travers cette recherche, c’est une histoire dans le détail (le combat Cern-MIT donc Europe vs USA et victoire par K.O. des américains) de ce qui sera l’Internet d’aujourd’hui.
Le récit, hyper-rythmé, sonne le glas de nos illusions.
Chaudement recommandé.

Luc Brou

À la radio :
https://www.franceinter.fr/culture/connaissez-vous-robert-cailliau-le-co-inventeur-du-web

Gallimard

L’Utopie déchue

Félix Tréguer

Éditions Fayard / 2019

« À travers une histoire croisée de l’État et des luttes politiques associées aux moyens de communication, Félix Tréguer montre pourquoi le projet émancipateur associé à l’Internet a été tenu en échec et comment les nouvelles technologies servent à un contrôle social toujours plus poussé. »

Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et post-doctorant au CERI-Sciences Po. Il est membre fondateur de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des libertés à l’ère numérique.

Éditions Fayard

Lapsus [Numérique]#2

Humains et robots

Marseille

association Lapsus Numérique

Humains et robots, Lapsus [Numérique]#2
association Lapsus Numérique, Marseille, 2019

Avec :
MARSOUL Romain, LUCCIARDI Théo, DARDART Jean-Christophe, RIGAUD Laurent, BAÏDI Christophe, HENRY DE VILLENEUVE Paul, FARAUT Valentin, TEBOUL Jérémy, CAILLOT Guillaume, VARAILLON LABORIE Julien, JESSEL Marion, CADET France, TERRAMORSI Jeanne, FIRPI

Lapsus [Numérique]

MyOwnDocumenta

Portraits et publications artistiques

MyOwnDocumenta

MyOwnDocumenta est un objet virtuel non identifié, par les artistes eux-mêmes, qui posent le temps de résidences infinies les traces de leurs projets en cours.

Vous pouvez y découvrir des publications quotidiennes d’artistes.

Également à découvrir sur le site le Livre I avec une présentation de 100 artistes avec notamment Adelin Schweitzer, Antoine Schmitt, David Guez, Ewen Chardronnet, Fabien Zocco, Jean-Marc Matos…

MyOwnDocumenta

Technopouvoir

Dépolitiser pour mieux régner

Diana Filippova

LLL / 2019

« À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » (G.Orwell, 1984) quand écrit-elle « L’image de la technologie comme solution parfaitement intégrée à notre environnement nettoie toutes les frictions afin de la rendre parfaitement adaptable à notre désir ».

Le livre est construit en deux parties : La constitution du technopouvoir classique et Le technopouvoir polyphonique contre la démocratie. Donc ni complot, ni conspiration pour Diana Filippova qui écrit un essai enthousiasmant sous les regards choisis de Michel Foucault et Cornélius Castoriadis (auteur en1973 de « Technique », article de l’Encyclopaedia Universalis, publié dans « Les Carrefours du Labyrinthe 1 » 1978, éd. Points Seuil) mais de multiples expressions du pouvoir par les technologies, qui rappelle-t-elle, ne sont pas neutres, contrairement à une fausse idée.

« Le monde numérique se révèle chaque jour plus matériel, injuste et polluant. Internet lui-même ressemble à une vaste benne où nous venons déposer nos espoirs déçus. Les injonctions à reprendre le pouvoir tombent à l’eau : c’est que nous avons perdu la main. Et si les politiques des technologies n’avaient pas pour but de nous émanciper, mais au contraire de nous empêcher d’exercer notre pouvoir d’agir ? Et si les libertés dont elles font mine de nous gratifier n’étaient qu’un trompe-l’oeil pour mieux nier ce qui fait de nous des animaux politiques, nier notre capacité à critiquer, à contester, à nous rebeller ? Diana Filippova propose de déplacer notre regard et d’aborder les techniques comme un vivier de technologies de pouvoir – le technopouvoir. Son mobile : gouverner des êtres qui placent les droits et libertés individuels au-dessus de tout. Sa visée : servir les intérêts de certains aux dépens de nous tous. C’est ainsi qu’une nouvelle frontière électronique nous sépare les uns des autres, nous poussant à devenir des sujets parfaitement prévisibles, flexibles et gouvernables. C’est ainsi que le pouvoir échappe chaque jour davantage au royaume du politique. » (quatrième de couverture)

Diana Filippova est cofondatrice de Stroïka, une agence de propagande qui accompagne les directions générales des grandes entreprises et les fondateurs de startups et d’ONG en appliquant la règle stricte du "zéro bullshit ». Son premier livre, « Société Collaborative », est paru aux éditions Rue de l’Echiquier en mai 2015. Elle écrit pour la presse (Le Monde, les Echos, Alternatives Economiques, AOC, etc.) et contribue régulièrement à France Culture.

Étude d’impact des arts hybrides et cultures numériques

Villes Innovations | HACNUM

Raphaël Besson | Mathilde Gouteux

2021

Oblique/s a participé et fait l’objet d’une étude au sein du réseau HACNUM sur l’écosystème des arts
et des cultures numériques, terrain de jeu d’acteurs pluriels, dont la multiplicité de formes et
d’activités les fait échapper à toute tentative de catégorisation précise. On peut néanmoins tenter
de les rassembler autour de certaines caractéristiques telles que l’utilisation des technologies
numériques dans la fabrique artistique, le caractère participatif du processus créatif, et une certaine
critique esthétique de la société numérique.

Réseau national des arts hybrides et des cultures numériques

À télécharger:
etude-externalites-final.pdf (3.2 Mo)

Femmes, genre et numérique : où est le problème ?

Journée d’études

24 août 2021

Faculté d’Informatique | Namur

Depuis plusieurs décennies, le constat reste le même : on compte peu de femmes informaticiennes, que ce soit dans les études, les formations et les métiers de l’informatique (IT). Où sont les informaticiennes dans les pays occidentaux ? Alors que les débuts de la profession étaient marqués par une relative parité, force est de constater que sa masculinisation est évidente, s’aggravant même depuis le début des années 2000. Le constat est similaire dans les études supérieures en informatique. Parallèlement à ce qui apparaît comme une pénurie, force est également de constater que les technologies numériques elles-mêmes sont « genrées », c’est-à-dire embarquent, dès leur conception, des biais de genre (mais aussi de classe, de race, de validisme et d’âgisme), dont les effets se ressentent dans les pratiques mais également dans les différents modes de transmission (formation, éducation au numérique).

Contribution | 5 juin 2021

Calendrier des sciences humaines et sociales

MASTER RÉALISATEUR EN ARTS NUMÉRIQUES (RAN)

MCF Université Jean Monnet | Saint-Étienne

Les Masters II Professionnels « Réalisateur en Informatique Musicale » et
« Réalisateur en Arts Numériques » sont ouverts :
 aux étudiants ayant un Master I en musique, en arts numériques, ou équivalents,
 aux étudiants ayant bénéficié d’une autre formation, ayant validé un Master I et pouvant attester d’un bon niveau en musique, ou/et en pratique artistique numérique (diplômes souhaités),
 aux enseignants, artistes et professionnels dans les domaines de l’informatique musicale ou/et de la création numérique contemporaine, justifiant d’une équivalence du Master I par une VAE. Les étudiants doivent disposer d’une culture scientifique et d’une expérience en informatique musicale et/ou en programmation dans le champ des arts numériques.

MODALITÉS DE RECRUTEMENT DES CANDIDATS
Effectif maximum de la promotion : 20 étudiants
Date limite de dépôt des dossiers : session 1 - 11 mai / session 2 - du 5 juillet au 27 aout.
Date de début des cours : début septembre
Contacts :
Vincent Ciciliato (RAN) – vincent.ciciliato@univ-st-etienne.fr
Laurent Pottier (RIM) – laurent.pottier@univ-st-etienne.fr

Master RIM/RAN

Paroles 2 Campus

La vulgarisation juridique avec Yann Paquier

<https://phenix.fm/podcast/la-vulgar...>

Paroles 2 Cam­pus reçoit Yann Paquier, doc­to­rant au Centre de recherches sur les droits fon­da­men­taux et les évo­lu­tions du droit à l’Université de Caen Nor­man­die pour par­ler de son tra­vail sur la trans­pa­rence des algo­rithmes, de vul­ga­ri­sa­tion et de la chaîne You­Tube « Au-delà du Binaire », qu’il anime.

Paroles 2 Campus | Radio Phénix

Livre blanc sur les ressources numériques

munki | 1D Lab

Analyse et bonnes pratiques du "parcours utilisateur", enjeu critique de la médiation numérique :
Présentation du concept de « parcours utilisateur » et de la « logique d’entonnoir » du trafic numérique des usagers ;
Statistiques des visites et méthodologies pour l’amélioration des accès aux ressources ;
Conseils et bonnes pratiques pour la présentation des ressources numériques ;
Conseils terminologiques pour bien communiquer auprès des usagers ;
Définition du concept de « ressource numérique » ;
Bonnes pratiques pour la conception des pages web (texte, titres, liens, images et logos).•Le rôle du portail (site web) dans l’information des utilisateurs et l’usage combiné des canaux alternatifs (réseaux sociaux, in situ, presse, newsletters, ateliers...) ;
Logique d’affichage des ressources avant et après connexion des usagers ;
Méthodologie pour la mise en œuvre de tests sur le parcours utilisateur vers les ressources ;
Bonnes pratiques pour la promotion des ressources auprès des usagers ;
Outils pour les bibliothèques sans portail.

ABF

Études critiques sur l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle et ses conséquences vues par les sciences humaines et sociales

Centre Internet et Société CNRS (rédacteur en chef : Tommaso Venturini)

Hypotheses / 2020

Le carnet piloté par le Centre Internet et Société du CNRS propose de regrouper les réflexions et les travaux au croisement interdisciplinaire de l’intelligence artificielle (IA) et des sciences humaines et sociales (SHS), en étudiant l’ensemble de technologies qu’on appelle “intelligence artificielle” (IA, dans un sens commun et très large, y compris les algorithmes, les plateformes, l’analyse de données massives, l’apprentissage automatique) et leurs effets sociaux, politiques, économique et juridiques, l’influence réciproque entre ces technologies et la société, et les manières dont les usages et les politiques peuvent se saisir des risques et des opportunités.

Études critiques sur l’intelligence artificielle

ETUDE-ACTION SUR LES ECO-SYSTEMES DES ARTS ET DES CULTURES NUMERIQUES EN FRANCE

Villes Innovations | HACNUM

Rapport rédigé par Raphaël Besson (Villes Innovations), avec les
contributions de Anne Coursan (Electroni[k]) et Sarah Marcelly Fernández
pour ZINC et le réseau inter-régional Arts & Cultures numériques.
Juillet 2019

À télécharger:
etude-action_rapport_final.pdf (10.3 Mo)

Intelligence artificielle

La Normandie cherche l’algorithme gagnant

L’étude de mars 2019 est présentée par Jean-Claude Soubrane sous la présidence de Nicole Orange.

L’intelligence artificielle n’est pas née au 21e siècle, mais l’explosion des données, la puissance de calcul des ordinateurs et la masse des données collectées en ont acce- léré l’essor. Alors que les GAFAM américains affrontent les BATX chinois, on peut se demander quelle est la place de la Normandie dans ce combat géopolitique. La région a pourtant bel et bien un rôle à jouer, autour de ses entreprises, de ses laboratoires, et de son écosystème de financement et d’accompagnement.

L’étude du CESER

À télécharger:
ia_fds.pdf (1.8 Mo)

Mooc Digital Paris

Du numérique et des usages avec Jérôme Colombain

Les pratiques et cultures numériques modifient notre rapport aux médias, à l’image et plus globalement interviennent sur nos comportements citoyens au quotidien. Si elles sont transversales à bien des domaines, allant des arts visuels aux arts appliqués, jusqu’au spectacle vivant, elles posent aussi de nouveaux questionnements d’ordres sociétaux, culturels, philosophiques, économiques, éthiques que nous voulons comprendre.

Dominique Moulon reçoit Jérôme Colombain, journaliste spécialiste des technologies, qui a tenu la chronique Nouveau Monde à Franceinfo et est, avec François Sorel, cofondateur la chaîne 01TV. Il anime le podcast Monde numérique qui donne la parole aux acteurs de l’innovation. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Faut-il quitter les réseaux sociaux ?
mondenumerique.info

Mooc Digital Paris

Star Wars et le droit : l’étude des droïdes

Au-delà du binaire

Au-delà du binaire vous présente un ouvrage collectif s’intéressant à l’univers Star Wars au prisme du droit (le droit contre-attaque) ! Yann Paquier y présente une synthèse de sa contribution sur le droit des robots (droïdes).
Cet ouvrage destiné aussi bien aux juristes, étudiants ou profanes en droit qui souhaiteraient découvrir ce domaine par l’intermédiaire de la science-fiction.

PUFC

Voyage au pays d’Orwell : Watch dogs Legion

Au-delà du binaire

Yann Paquier vous fait découvrir une œuvre vidéoludique traitant de la surveillance numérique généralisée et de la fin du libéralisme politique. Ce jeu vidéo partage avec 1984 de George Orwell la reconstitution d’un Londres dystopique.

Nectart n°11

Édition de l'Attribut / Été 2020

Dans ce numéro 11, retrouvez trois articles dédiés au numérique :

Les arts numériques, acteurs clés des transitions territoriales ? de Raphaël Besson
Il y présente le réseau national HACNUM et ses acteurs dont font partie en Normandie Oblique/s, Station Mir/festival ]interstice[ à Caen, Le Tetris / festival EXHIBIT ! au Havre et le Théâtre L’éclat / #Noob festival à Pont-Audemer.

Internet : entre colonialisme numérique et émancipation de Vincent Mabillot
Initiée par Framasoft, la résistance pour préserver les libertés numériques est un parcours semé d’embûches.

Plateformes collaboratives : la nouvelle ère de la participation culturelle ?
de Marta Severo et Olivier Thuillas
Wikipédia, YouTube, Babelio... Les plateformes collaboratives du Net ont révolutionné la pratique culturelle et l’accès au savoir, et bousculé les systèmes de légitimité.

Revue Nectart

Gaël Musquet

« hacker citoyen »

Gaël Musquet, « hacker citoyen » basé à Evreux, co-fondateur de OpenStreetMap, est fondateur et président de HAND, association dont l’objectif est de préparer aux catastrophes naturelles, afin de réduire le nombre de victimes ; cette préparation est réalisée à travers des solutions technologiques ainsi que des exercices civils avec les pouvoirs publics et les populations ; elle fait également intervenir l’ensemble des objets similaires, connexes ou complémentaires ou susceptibles d’en favoriser la réalisation ou le développement.
Il fait la couverture du premier numéro de So good publié en juin 2020.

HAND

William Gibson

Une œuvre dans le rétroviseur du futur

Maxence Grugier

La Spirale

https://www.howtoacademy.com/podcasts/william-gibson-how-to-create-the-future/

Retour vers le futur, pour une exploration illustrée de l’œuvre de William Gibson à la lumière des évènements actuels avec deux interviews réalisées initialement pour les magazines MCD (le mag des cultures digitales) et Trax, remixées spécialement pour les lecteurs de La Spirale en temps de confinement à découvrir sur le site de La Spirale.

La Spirale

Le code a changé

Une série d’émissions de Xavier De La Porte

France Inter

“Le code a changé” parle de numérique. Mais comment ? Pourquoi ? Et en quoi toutes ces technos changent quelque chose à nos vies ? Xavier De La Porte tourne autour de la question avec ses invités dans ce podcast original et parfois très surprenant.

Au programme à ce jour :
David Dufresne raconte Allo@Place_Beauvau
La mode et Instagram
Le pylône qui valait 5 millions de dollars
Psychanalyse du web
Mark Zuckerberg est-il un génie ?
Mark Zuckerberg est-il dangereux ?
Ce que les pouvoirs gagnent à tout savoir de nos vies
Archiver le web

France Inter - Le code a changé

Mark Alizart, philosophe de l’informatique

Portrait radiophonique

2000

Image : Mark Alizart©Hannah Assouline

Portrait du philosophe Mark Alizart qui fut notamment acteur de l’art contemporain, conseiller auprès du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et qui suivit finalement son intuition philosophique en questionnant la notion d’informatique, notamment par une relecture du philosophe Hegel.

J’ai toujours su que j’avais la vocation de la philosophie mais je n’ai pas su tout de suite si j’avais quelque chose à dire. Puis j’ai eu quelques accidents de parcours universitaires, on m’a notifié sèchement qu’il fallait peut-être que je fasse autre chose… Je voulais être professeur de philosophie, c’était mon ambition, j’ai passé les concours que j’ai brillamment échoué à réussir et j’ai donc mené ma vie autrement. Et puis c’est seulement récemment, il y a quelques années, que j’ai senti que j’avais peut être quand même quelque chose à dire, et quand j’ai senti ça venir je me suis dit : alors c’est vrai !
Mark Alizart

Une émission diffusée le 22 mars 2019.

Les chemins de la philosophie